Fuir (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

( je fuis, nous fuyons ; je fuyais, nous fuyions ; je fuis ; je ai ; je ais ; fuis, fuyons ; que je fuie ; que je fuisse ; fuyant ; fui ). IX e siècle. Issu du latin fugere, « , s'en ; être exilé, banni ».

I. V. intr.
1. S'éloigner à la hâte pour se soustraire à un péril, à une menace, pour échapper à quelqu'un. Les ennemis fuyaient en désordre. Le gibier fuyait à notre approche. Fuir de son pays, hors de son pays. Fuir précipitamment. Faire l'adversaire. Fuir devant l'ennemi. Par ext. Son regard fuit, évite celui de l'interlocuteur. . Fuir devant le temps ou, absolt., fuir, accomplir une manœuvre de sauvegarde consistant à présenter l'arrière du navire au vent et à la lame. Fig. Différer, éluder ; se dérober. Il fuit devant les responsabilités.
2. Par anal. Se dit de ce qui passe, s'éloigne avec rapidité, ou en donne l'impression. Le vent faisait les nuages. Du train, nous voyions le paysage. Hâtons-nous, le temps fuit. L'hiver a fui.
3. . Se dit des parties d'un dessin, d'un tableau qui, par l'effet de la perspective, donnent l'impression de s'enfoncer dans le lointain. On fait les objets en diminuant leurs proportions ou en jouant sur la couleur. Faire un jardin, un bâtiment . Par anal. La ligne des montagnes fuit vers l'horizon. Expr. Avoir le front, le crâne qui fuit, plus effacé vers l'arrière qu'il n'est habituel.
4. S'échapper hors de son réceptacle. L'eau fuit du réservoir. Le gaz fuit du tuyau par cet orifice. Par ext. Laisser échapper son contenu par une fente, une fêlure, etc. Ce tonneau, ce pot, ce vase fuit. Mon stylo fuit. La conduite de gaz fuyait. Par méton. Le robinet fuit, n'arrête pas l'écoulement.

II. V. tr.
1. Chercher à éviter une personne ; se tenir éloigné d'elle. Fuir un importun. C'est un bavard à comme la peste. Tout le monde le fuit, tant il est ennuyeux. Fig. En parlant d'une chose qui échappe à quelqu'un, qui lui reste inaccessible. Le sommeil me fuit. Ce nom, ce souvenir me fuit, ne se présente pas à ma mémoire. Le succès, le bonheur semblait le .
2. Abandonner précipitamment un lieu où l'on est en péril ; chercher à se soustraire à ce qu'on redoute, à ce qui est nuisible, dangereux ou fastidieux. Fuir son pays. Les populations civiles fuient leurs villages. Fuir le danger, le combat, la prison. Fuir le châtiment. Il fuit les salons, il refuse de les fréquenter. Fuir le regard de quelqu'un. Fuir ses responsabilités.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

("Je fuis; nous fuyons. Je fuis. Je ai. Fuis. Que je fuie. Que je fuisse. Fuyant. Fui.") S'éloigner en toute vitesse, par un motif de crainte. "Les ennemis fuyaient en désordre. Fuis, sors d'ici. Fuir de son pays, hors de son pays."
Il signifie au figuré Différer, éluder, empêcher qu'une chose ne se termine, se dérober à une explication. "Je ne puis terminer avec cet homme, il fuit toujours. Il fuit habilement, mais je l'atteindrai."
Il se dit, par analogie, des Choses qui courent ou se meuvent avec quelque rapidité, qui s'éloignent ou semblent s'éloigner, qui s'échappent ou semblent s'échapper. "Un ruisseau qui fuit dans la prairie. Les nuages fuient et le ciel se découvre. Du vaisseau qui nous emportait nous voyions le rivage. L'hiver a fui. Nos beaux jours fuient rapidement. Hâtons-nous, le temps fuit. Le terrain fuyait sous leurs pas."
Il se dit encore figurément de Ce qui s'échappe à notre pensée, à notre mémoire. "Ce souvenir me fuit."
En termes de Peinture, il se dit des Parties d'un tableau qui paraissent s'enfoncer et s'éloigner de la vue du spectateur. "Cette partie ne fuit pas assez. On fait les objets en diminuant la proportion, en affaiblissant la couleur, etc." On dit de même, par analogie, "Son front fuit. Le front du nègre fuit."
Il se dit encore d'un Réceptacle qui a quelque fêlure, quelque fente par où s'échappe le liquide qu'il contient. "Ce tonneau, ce pot, ce vase fuit. Il faut l'empêcher de . Cette conduite de gaz fuit."
Il s'emploie aussi comme verbe transitif et alors il signifie en général, tant au propre qu'au figuré, Éviter quelqu'un ou quelque chose en s'en éloignant, par aversion, etc. "Tout le monde fuit cet homme. C'est un homme à . Fuir un pestiféré. Fuir son pays. Fuir le châtiment. Fuir le danger. Fuir le mal. Fuir l'occasion du péché. Fuir le combat. Fuir le travail. Fuir le jeu. Je ne saurais le rencontrer, il me fuit. La paix a fui ce séjour. Le sommeil me fuit. Ils se fuyaient l'un l'autre."
Fig., "Se soi-même," Chercher à éviter les remords, l'ennui, etc. "Un criminel cherche vainement à se lui-même. Quand on ne sait pas s'occuper, on cherche à se soi- même."



Dictionnaire d'Emile Littré




 1   V. n. Se soustraire hâtivement à un péril, à une menace, à quelque chose ou à quelqu'un. Fuir de son pays. Fuir hors de sa patrie.
CORN.: « Il fuit, lui qui, toujours triomphant et vainqueur, Vit ses prospérités égaler son grand coeur, Il fuit.... »
CORN.: « Il fuit pour mieux combattre »
CORN.: « Prince, il est temps de quand on se défend mal »
MOL.: « Enfin je l'ai fait , et sous ce traitement De beaucoup d'actions il a reçu la peine »
BOILEAU: « Sa fierté l'abandonne, il tremble, il cède, il fuit »
RAC.: « Le roi vient ; fuyez, prince, et partez promptement »
RAC.: « Quiconque ne sait pas dévorer un affront.... Loin de l'aspect des rois, qu'il s'écarte, qu'il fuie »
VOLT.: « Fuyez dans l'instant même, ou l'on va vous arracher la vie »
VOLT.: « Charles le Téméraire périt devant Nancy, trahi par le Napolitain Campo Basso, et tué, en fuyant après la bataille, par Bausemont, gentilhomme lorrain »
BERN. DE ST PIERRE: « Fuyons ensemble au fond des forets ; il vaut encore mieux se fier aux tigres qu'aux hommes »
SÉGUR: « Ce repos [dans une ville] et la honte de paraître enflammèrent son imagination [de Napoléon] ; on l'entendit dicter des ordres... »
    Quitter son pays, s'éloigner. Ce coup d'État, cette révolution a fait bien des citoyens.
    Terme de chasse. Fuir, aller fuyant, galoper, courir, en parlant du daim, du cerf, etc.
    Terme de marine. Fuir devant le temps, vent arrière, se dit d'un bâtiment qui, pris par un très gros temps, court avec une très grande vitesse en se laissant aller au vent. Fuir à cordes et à mâts, courir sans aucune voile dehors.
    Fuir, construit avec en, voy. ENFUIR, à la remarque.

 2   S'éloigner de, s'écarter de.
CORN.: « Où ais-je de vous après tant de furie ? »
CORN.: « Fuis plutôt de ses yeux, fuis de sa violence ; à ses premiers transports dérobe ta présence »
RACAN: « Quel malheureux destin vous conduit à présent Dedans cette vallée effroyable et profonde, Où, pour fuïr de vous, je fuis de tout le monde ? »
RACAN: « Je sais qu'il nous faut tous de ces objets Qui laissent dans nos coeurs l'impression du vice »
RAC.: « Tout fuit, tout se refuse à mes embrassements »
    Fig.
VOLT.: « Il semble pourtant que, si Corneille avait voulu choisir des sujets plus dignes du théâtre tragique, il les aurait peut-être traités convenablement ; il aurait pu rappeler son génie qui fuyait de lui, on en peut juger par le début de Pulchérie »

 3   Fig. Éluder, différer, échapper à une conclusion. Je ne puis terminer avec cet homme ; il fuit toujours.

 4   En parlant des choses, passer, s'éloigner rapidement.
CORN.: « Pareille à ces éclairs qui, dans le fort des ombres, Poussent un jour qui fuit et rend les nuits plus sombres »
CORN.: « Que d'yeux étincelants, sous d'horribles paupières, Mêlent au jour qui fuit d'effroyables lumières ! »
BOSSUET: « Je m'en vais, je suis emporté par une force inévitable ; tout fuit, tout diminue, tout disparaît à mes yeux »
RAC.: « Quand pourrai-je au travers d'une noble poussière Suivre de l'oeil un char fuyant dans la carrière ? »
RAC.: « Au seul son de sa voix la mer fuit, le ciel tremble »
FÉN.: « Sa patrie semble devant lui »
FÉN.: « Le port semblait derrière nous »
    Terme de menuisier. Outil qui fuit, outil échappant à la main qui ne le tient pas assez ferme en le poussant.

 5   Il se dit du temps qui s'écoule rapidement. L'hiver a fui.
BOILEAU: « Hâtons-nous, le temps fuit et nous traîne avec soi »

 6   Ne pas échoir. Cette succession ne peut lui .

 7   Fuir de, avec un infinitif, avoir de la répugnance pour, éviter de....
D'URFÉ: « Et ai, tant que je pourrai, de parler à lui »
CORN.: « Et, bornant tes désirs à ces dons éternels, Fuis d'être connu des mortels »
MOL.: « Si votre âme les suit et fuit d'être coquette »
TH. CORN.: « Prince, je monte au trône ; et vous m'abandonnez ! Fuir d'en être témoin, est-ce chérir ma gloire ? »
BOSSUET: « La véritable vertu ne fuit pas toujours de se faire voir, mais jamais elle ne se montre qu'avec sa simple parure »
BOURDAL.: « Il fuyait d'entendre les vérités dont il eût eu droit de se glorifier »
    Fuir à, avec un infinitif, éviter de ; locution qui a vieilli.
CORN.: « Ne désire donc pas, fuis même à regarder Tout ce que sans péché tu ne peux posséder »

 8   Se dérober sous les pas.
STAËL: « Le terrain qu'ils traversèrent fuyait sous leurs pas »

 9   Terme de peinture. Il se dit des parties du tableau qui paraissent s'enfoncer dans le lointain. Ce fond fuit très bien.
    Par analogie. Le front du nègre fuit en arrière.
    Terme de marine. La côte fuit dans telle aire de vent, son gisement a la direction de cette aire de vent.

 10   Il se dit d'un vase ou tonneau qui laisse échapper le liquide. Le tonneau fuit.

 11   V. a. Éviter par crainte ou par aversion, se soustraire à.
BOURDAL.: « On ne vous oblige pas à le monde en général ; mais on vous oblige à un monde particulier qui vous pervertit »
RAC.: « Leur sombre inimitié ne fuit point mon visage »
RAC.: « En fuyant mon rival, ez-vous ma présence ? »
RAC.: « C'est peu de t'avoir fui, cruel, je t'ai chassé ; Pour mieux te résister, j'ai recherché ta haine »
    Terme de manége. On dit d'un cheval, qui craint l'éperon : il fuit les talons.
    Faire les jambes, les talons, apprendre au cheval à éviter la jambe que le cavalier approche de son flanc.

 12   S'éloigner de, en parlant des personnes.
A. CHÉN.: « ....J'ai fui la ville aux muses si contraire Et l'écho fatigué des clameurs du vulgaire »
    Fig. Fuir le vice, le travail, l'occasion du péché. La paix a fui ce séjour.
CORN.: « Je ne te puis blâmer d'avoir fui l'infamie »
CORN.: « Il fuit plus que la mort la honte de servir »
MOL.: « Il ne fuit rien tant tous les jours que d'exercer les merveilleux talents qu'il a eus du ciel pour la médecine »
PASC.: « Ceux qui ne fuient rien tant que d'être hérétiques »
BOILEAU: « Ma muse tremblante fuit d'un si grand fardeau la charge trop pesante »
    Il se dit dans un sens analogue des choses qui, métaphoriquement, s'éloignent.
RAC.: « Je me vois réduit à chercher dans vos yeux une mort qui me fuit »
RAC.: « Aussitôt dans son sein il plonge son épée ; Mais la mort fuit encor sa grande âme trompée »
RAC.: « L'amour fuit la contrainte »
A. CHÉN.: « La santé que j'appelle et qui fuit mes douleurs, Bien sans qui tous les biens n'ont aucunes douceurs »

 13   Dépasser l'intelligence, la conception.
LA FONT.: « Vous qui devez savoir les choses de la vie, Et que rien ne doit en cet âge avancé »
PASC.: « Entre les deux infinis qui l'enferment et qui le fuient »

 14   Ne pas se présenter à l'esprit.
BOILEAU: « Je trouve au coin d'un bois le mot qui m'avait fui »

 15   Se , v. réfl. Fuir loin l'un de l'autre. Autrefois ils se recherchaient, aujourd'hui ils se fuient.
    Se distraire d'un remords, d'une peine.
MASS.: « Il se tourmente, il s'agite pour la mort qui le saisit, ou du moins pour se lui-même »
VOLT.: « Irai-je, errant encore, et me fuyant moi-même.... ? »

REMARQUE
    Fuir, qui est présentement monosyllabe, ne l'a pas été d'une manière constante ; Malherbe l'a fait de deux syllabes : Est-il courage si brave Qui pût avecque raison Fuïr d'être son esclave ? V, 3. Racan aussi, dans les exemples notés plus haut (n° 2).
VOLT.: « Elle [l'Académie] m'approuvera sans doute quand je dis que est d'une seule syllabe, quoiqu'on ait décidé autrefois qu'il était de deux »

HISTORIQUE
    Xème siècle
     Eulalie: El [il] li enorte [exhorte].... Qued elle fuiet lo nom christien
    XIème siècle
     Lois de Guill. 4: Ne per lui ne s'en est fui
     Ch. de Rol. XCIII: Nostre Franceis n'ont talent de fuïr
    XIIème siècle
     Ronc. p. 80: Dont li cheval fuient par les paluz
     ib. p. 95: Mais li fuïrs ne lui vaulsist [valut] neant
     ib. p. 117: Par Mahomet ! en quel terre ons ?
     Th. le mart. 44: Sainz Thomas li ad dit : Satanas, fui d'ci
     Brut, ms. f° 95, dans LACURNE: S'il nous atendent, si ferron [nous frapperons], Et s'il s'enfuient, si on [nous les poursuivrons]
    XIIIème siècle
VILLEH.: « Jà ne plaist à Dieu qu'il me soit ja reprové que je foie del champ où j'en ai laissié l'empereour »
     Berte, XXXVIII: Et pour plus tost fuïr, [elle] se prist à se courcier [retrousser]
     ib.: Tant a fouï la lasse par un estroit sentier....
JOINV.: « Et s'en ala combatre à l'empereur de Perse, et le desconfit et chassa de son royaume ; lequel s'en vint fuiant jusques au royaume de Jerusalem »
    XVème siècle
     Perceforest, t. VI, f° 16: Il monta sur son cheval, et se mit à suyvir ceste beste autant que son cheval pouvoit fouir à la course
EUST. DESCH.: « Qui fuit toudis, treuve bien qui le chace »
COMM.: « En somme, il fallut que tous fouyssent des seigneuries du duc de Bourgongne »
    XVIème siècle
RAB.: « N'est il meilleur mourir vertueusement bataillant que vivre fuyant villainement ? »
RAB.: « ....Dont estimarent que Gargantua estoyt fouy avecques sa bande »
MONT.: « J'ay monstré, en la conduite de ma vie et de mes entreprinses, que j'ay plustost fuy qu'aultrement, d'enjamber par dessus le degré de fortune auquel Dieu logea ma naissance »
MONT.: « Que fuit elle tant que la société ? »
MONT.: « Se desfaisants eux mesmes pour fuyr à la loy »
AMYOT: « Estans haïs de tout le monde, et fouis comme gens excommuniez et maudicts »
AMYOT: « Si les Gaulois eussent chaudement poursuivy à la trace les fuyans, rien n'eust pu sauver la ville de Rome »
AM. JAMYN: « Mon ange, prevoyant en vos yeux mon dommage, Et que deviez changer le repos de mon sort, Vouloit que de vos traits je fuïsse l'effort, Afin de ne tomber en l'eternel servage »
COTGRAVE: « Remede contre la peste par art, Fuir tost et loing, retourner tard »

ÉTYMOLOGIE
    Provenç. fugir ; espagn. huir ; ital. fuggire ; du lat. Fugere ( le 1er e avec un accent bref), par changement de conjugaison ; grec (aoriste second).


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


("Je fuis, tu fuis, il fuit; nous fuyons, vous fuyez, ils fuient. Je fuyais. Je fuis. J'ai fui. Je ai. Je ais. Fuis, qu'il fuie. Que je fuisse. Fuyant.") S'éloigner avec vitesse, par un motif de crainte. "On ne lui reprochera jamais d'avoir fui. Quand il vit que les ennemis fuyaient. Fuis, sors d'ici. Fuir de son pays, hors de son pays."
Il signifie au figuré, Différer, éluder, empêcher qu'une chose ne se termine. "Je ne puis terminer avec cet homme, il fuit toujours, il ne fait que . Il fuit habilement, mais je l'atteindrai."



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit, par analogie, Des choses qui courent ou se meuvent avec quelque rapidité, qui s'éloignent ou semblent s'éloigner. Ce sens est employé surtout en poésie et dans le style soutenu. "Un ruisseau qui fuit dans la prairie. Les nuages fuient, et le ciel reprend sa sérénité. Le rivage semblait loin de nous, fuyait loin de nous."
Il se dit aussi figurément. "L'hiver a fui. Nos beaux jours fuient rapidement. Hâtons-nous, le temps fuit."
Fam., "Cela ne peut, ne saurait lui ," Cela doit lui échoir, lui arriver infailliblement. "Cette succession ne peut me , ne saurait me ."



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit, en Peinture, Des parties d'un tableau qui paraissent s'enfoncer et s'éloigner de la vue du spectateur. "Cette partie ne fuit pas assez. Cela fuit bien. On fait les objets en diminuant les proportions, en affaiblissant la couleur, etc."



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit encore D'un vase, d'un pot, d'un tonneau, etc., qui a quelque fêlure, quelque fente par où le liquide s'en va. "Ce tonneau, ce pot, ce vase fuit. Il faut l'empêcher de ."



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie aussi comme verbe actif; et alors il signifie en général, tant au propre qu'au figuré, S'éloigner de quelqu'un ou de quelque chose, l'éviter, par crainte, par aversion, etc. "Fuir l'ennemi. Tout le monde fuit cet homme. C'est un homme à . Fuir un pestiféré. Fuir son pays. Fuir le châtiment. Fuir le danger. Fuir le péril. Fuir le vice. Fuir les mauvaises compagnies. Fuir les excès de tout genre. Fuir le mal. Fuir l'occasion du péché. Fuir le combat. Fuir le travail. Fuir le jeu. Je ne saurais le rencontrer, il me fuit. La paix a fui ce séjour. Le sommeil me fuit." On l'emploie quelquefois avec le pronom personnel. "Ils se fuyaient l'un l'autre."
Fig., "Se soi-même," Chercher à éviter les remords, l'ennui, etc. "Un criminel cherche vainement à se lui-même. Quand on ne sait pas s'occuper, on cherche à se soi-même."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

[Monosyllabe.] Malherbe, qui avait l'oreille bonne, a toujours fait "fuir" de deux syllabes, et "fuit" d'une seule.
   Mîsérable qu'il est, se condamne lui même
   "À~ " & mourir.
   Si le plaisir me "fuit", aussi fait le sommeil.
Il a été suivi par plusieurs Poètes, et aprouvé de "Vaugelas". Le "P. Mourgues" prétend, au contraire, qu'il est d'une seule syllabe; et il en raporte des exemples de "Quinaut", "Racine", "Despreaux", et même de "Corneille". = L' "Académie" est de ce sentiment. "La Touche" prétend aussi que cette diphtongue en deux syllabes rend le vers languissant et désagréable, et que déjà de son tems (au comencement du siècle) les bons Auteurs le faisaient monosyllabe. = "Fuï", participe, est aussi de deux syllabes, suivant "Ménage" et suivant la décision de "l'Acad." d'alors, qui, dans ses "Sentimens sur le Cid", reprit l'Auteur de l'avoir fait d'une seule syllabe.
   "Fuir": je "fuis", nous "fuyons"; je "fuyois", nous "fuyions", etc. Je "fuis", j'"ai fuit", je "fuirai", "fuirois". "Fui", qu'il "fuie", je "fuisse", "fuyant".
   "Rem." Quoiqu'on dise fort bien, par exemple, j' "ai fui" les ocasions de disputer; on ne dit pas, les ocasions "que j' ai fuies": il faut dire, "que j'ai évitées". L' Abé "Regnier" apèle cela une bisârrerie de l' usage: mais cette bisârrerie n'est pas sans raison. Il est sensible que, les ocasions que "j'ai fuies", sone fort mal à l'oreille, qui est avec la raison le Législateur des langues.
- Le P. d'"Avrigni" dit: 'On en a vu, solitaires dans leur cour, "fuis" par leurs propres enfans.
- Cela est dur à l'oreille.
   "Fuir" peut-être employé, ou comme verbe actif, dans le sens d'"éviter". '"Fuir le" péril, "le" combat, "le" monde, ou comme verbe neutre, dans le sens de "prendre la fuite". '"Fuir" devant les énemis.
- Dans cette dernière acception, on ne s'en sert guère à l'"aoriste", on emploie plutôt le composé "s'enfuir". 'Les énemis "s' enfuirent" et non pas, "fuirent". 'Dioclétien "fuit" Rome, qu'il trouvoit trop libre. "Bossuet". Il valait mieux dire, "quita Rome". = Le temps "fuit", il passe vîte: ce toneau "fuit", il coule par quelque félûre. Ce chicaneur "fuit" toujours, il tâche d'éloigner la conclusion de l'afaire, la décision du procès. On dit "proverbialement", en jouant sur le mot: "il fuit", mais je l'atraperai bien sans courir. = Avec le pron. pers. il présente un beau sens: "se soi-même", chercher à éviter les remords et l'ennui. 'Je vivrai au milieu des remords... Je me craindrai moi-même, et "me fuyant" toujours, je me retroûverai sans cesse. "Jér. Dél."
   REM. "Voltaire" fait régir à ce verbe la préposition "de".
   Vous chercherez la mort, la mort "fuira de" vous.
Le "P. La Rue" lui done pour régime cette même prép. devant l'infinitif. Il dit aux vindicatifs: 'Comment pouvez-vous suporter la vue de J. C. en Croix? Comment ne "fuyez-"vous pas d'"attacher" vos regards sur lui?
- Ces deux régimes sont inusités, sur-tout le dernier.




Emplacement dans le dictionnaire :

fuchsine
fucus
fuel
fugace
fugitif
fugitivement
fugue
fugué
fuie

fuite
fulgurant
fulguration
fulgurite
fuligineux
full
fulmi-coton
fulmicoton
fulminant
fulminate
fulmination




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...un instant sur les graines parfumées des muscats, puis se sauvaient par-dessus le mur ; moi, alors, mettant un pied dans une brèche des pierres, je me hissais jusqu'au faîte, pour les regarder fuir, à travers la campagne accablée et silencieuse ; et je restais là un long moment accoudé en contemplation des lointains : tout autour de l'horizon s'élevaient les montagnes boisées, ayant çà et...


Citation n°2 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...où je venais de fixer mon avenir. Puis, l'envie me prenant de jeter les yeux sur l'horizon, sur l'espace, je mis le pied dans cette brèche familière du mur par laquelle je montais pour regarder fuir les papillons imprenables, et je me hissai des deux mains jusqu'au faîte, où je demeurai accoudé. Les mêmes lointains connus m'apparurent, les coteaux couverts de leurs vignes déjà rousses, les...


Citation n°3 de Pierre LOTI (Pêcheur d'Islande)

...quelques jours, cela devait finir. La brise soufflait sur ce conciliabule de bateaux, comme éprouvant le besoin de l'éparpiller, d'en débarrasser la mer ; et ils commençaient à se disperser, à fuir comme une armée en déroute, -rien que devant cette menace écrite en l'air, à laquelle on ne pouvait plus se tromper. Cela soufflait toujours plus fort, faisant frissonner les hommes et les navires....


Citation n°4 de Pierre LOTI (Pêcheur d'Islande)

...chapeau. Il la regardait d'un air sauvage, avec ses yeux vifs, la tête rejetée en arrière, l'expression dure, ayant même l'air de se demander si seulement il s'arrêterait. Un pied en avant, prêt à fuir, il plaquait ses larges épaules à la muraille, comme pour être moins près d'elle dans ce couloir étroit où il se voyait pris. Glacée, alors, elle ne retrouvait plus rien de ce qu'elle avait...


Citation n°5 de Pierre LOTI (Pêcheur d'Islande)

...de dix heures, il leur venait un petit découragement de vivre, parce que c'était déjà fini... il fallait se hâter, se hâter pour les papiers, pour tout, sous peine de n'être pas prêt et de laisser fuir le bonheur devant soi, jusqu'à l'automne, jusqu'à l'avenir incertain... leur cour, faite le soir dans ce lieu triste, au bruit continuel de la mer, et avec cette préoccupation un peu enfiévrée de la...


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